Antoine Bouscatel, 9 mars 1867 - 9 mars 2017…
Antoine Bouscatel est né le 9 mars 1867 à Lascelle dans le Cantal. Pour fêter les 150 ans de la naissance de celui qui devint le roi des Cabrettaïres à Paris, Michel Esbelin et Claude Quintard ont organisé une soirée spéciale aux "Trois Arts", le 9 mars 2017.
Beaucoup de musiciens étaient présents pour célébrer cet évènement. Une petite exposition, préparée par Claude Quintard, retraçant l'histoire de ce fabuleux joueur de Musette accueillait les musiciens et danseurs venus nombreux.
Ce soir-là, la cave est pleine. Dans une atmosphère de gaieté, rythmée au son de la Cabrette, de l'accordéon et du bandjo, tour à tour, en duo ou trio, Michel Esbelin (cabrette), Claude Quintard (accordéon), Antoine Leclercq (banjo), Dominique Paris (cabrette), Tiennet Simonnin (accordéon, cabrette), Olivier Sulpice (banjo), Jean-Pierre Valadier (accordéon), Arnaud Rouvellat (accordéon) et Victor Laroussinie(Cabrette) ont exprimé leur talent. Bourrées, valses mais aussi scottishs, polkas et mazurkas se succèdent dans un joyeux mélange de rythmes dansants. Les notes s'échappent avec grâce, laissant entendre dans son flot une douce mélodie qui s'écoule au rythme de la fantaisie du moment. Elles ne manquent pas d'altérations, ardentes mais paisibles.
Antoine Bouscatel monte à Paris et achète le 13 rue de Lappe en 1902. En 1903, il y rencontre Charles Peguri; le symbole de l'avènement du style musette. A cette époque, Bouscatel ne voulait pas entendre parler d'accordéon. Mais un jour, la grande rencontre se produit dans son établissement. La salle était petite, basse, enfumée et "grouillante d'une jeunesse pleine de vie". Charles Péguri est entré, livide. Sur l'estrade, le patron est en train de jouer : "Grand, mince, portant la blouse légendaire, Bouscatel "donnait à danser " grelottière au pied.
Charles Péguri regardait évoluer sous lui la masse compacte des danseurs. Il insista pour parler à Bouscatel mais le Cabrettaïre resta froid…
- "C'est que je suis musicien, Monsieur Bouscatel... "
- "Bouscatel n'a besoin de personne."
- "Je joue de l'accordéon", s'enhardit Péguri,
- "De l'accordéon? Qu'est-ce que c'est?"

Charles lui montre son instrument, Bouscatel fait une moue peu convaincue :
- "C'est étrange ce truc-là. Et tu fais de la musique avec?"
Probablement que Bouscatel avait déjà compris, admis les qualités spécifiques de l'accordéon car, lorsque, à sa demande, Péguri lui joue un air, aux premières notes, le regard de Bouscatel devint éloquent. Le voilà maintenant qui grimpe sur l'estrade rejoindre Charles...
Un! Deux! Trois! Côte à côte cabrette et accordéon, c'est du jamais-vu, une première!
Le succès aussi est inattendu, les danseurs en redemandent, ils exultent! "Ça tourne! Ça tourne!" les encourage Bousca.. Des valses, à n'en point douter... Il faut entendre, sous la plume de Louis Pèguri, Antoine Bouscatel prononcer l'oraison funèbre de sa musette et l'éloge du nouveau roi de la rue, l'accordéon!
S'adressant à Baptiste son joueur de vielle :
"Les jours de ma cabrette sont comptés et ceux de ton biniou aussi ! Ce bougre d'instrument nous amène la ruine! A moins que ! ... Alors, les gars! Qu'en pensez-vous? C'est du merveilleux qui nous tombe du ciel. C'est une révolution qui se prépare. Avez-vous entendu ? C'est rond, c'est chaud, c'est vivant. Et c'est tout un orchestre, cet instrument du diable! Il vous a mis les tripes à l'air ce biniou de Satan.
Alors, écoutez bien ce que va vous bailler Bouscatel. C'est décidé. Dans mon bal de la rue de Lappe, on y jouera de l'accordéon avec ce phénomène de Péguri. Et, je vous le dis, foi d'Auvergnat, je refuserai du monde à ce bal... Et moi mort, on dansera encore rue de Lappe".

Après avoir été riche et adulé de tous, Bouscatel sombra dans l'oubli et dans la misère. Il disparut le 11 février 1945 à Paris. Charles Peguri lui se suicida dans son atelier.

Le vendredi 9 mars 2017, il y eut des pas de danses, des rires, des rencontres, des retrouvailles, du vin, de la belle musique.
Une soirée qui laissera des souvenirs impérissables ! Merci à Michel et à Claude pour cette belle initiative.