L'Auvergne au cœur de St Roch...

Il suffit de traverser la France, ses nombreuses églises et monastères aux architectures diverses riches de trésors artistiques (vitraux, peintures, sculptures) pour comprendre comment la foi a inspiré les artistes et imprégné notre culture. Construite de 1653 à 1754 comme une succession de chapelles, l'église St Roch de Paris reste connue comme la paroisse des artistes où furent enterrés Corneille, Le Nôtre, Diderot, mais également pour y organiser des concerts.

Les églises sont, en effet, une alternative originale pour écouter un concert de musique classique à Paris. Grâce à leur acoustique singulière, et leurs décors non moins spectaculaires, elles offrent un moment de musique exceptionnel. Chaque église détient une atmosphère - et une sonorité - qui lui est propre. L'église St Roch, dotée de trois orgues, est le cadre de nombreux concerts classiques grâce à l'association "Les Heures Musicales de Saint-Roch" qui favorise également la création d'œuvres contemporaines. Ce dimanche 15 février 2015, ce sont les traditions et les arts auvergnats qui étaient mis à l'honneur dans l'église St Roch, à l'occasion d'un concert exceptionnel. .

Organisé par la Fédération des Amicales Cantaliennes, dans le cadre symbolique "2015 l'année du Cantal", près de sept cents personnes se sont rassemblées dans ce lieu où l'acoustique est exceptionnelle, pour écouter l'un des plus beaux fleurons de notre musique traditionnelle : l'association Cabrettes et Cabrettaïres, les chœurs de la Bourrée de Paris et les Petits Rouergats de Paris : Pastres et Pastretos. Ces trois associations ont ainsi coopéré avec le souhait enthousiaste de proposer un concert unique composé de six tableaux. En nous faisant voyager au travers de différents paysages musicaux, ils ont souhaité témoigner, à leurs façons, de l'Auvergne : ses traditions, son histoire, son patrimoine, ses talents, ses valeurs. Le morceau qui a ouvert le concert, joué en ouverture par Victor Laroussinie - Président de l'association Cabrettes et Cabrettaïres - a traduit, ces valeurs sûres, par le son de la cabrette en murmurant à chacun de nous "l'Auvergne au cœur"…

Pendant deux heures, les différents artistes ont laissé flotter une émotion rare propice au recueillement suggéré par le lieu ; la musique est une révélation plus haute que toute sagesse et toute philosophie, elle touche à une forme de divin… Chacun a retenu son souffle de la première à la dernière seconde… Chacun s'est laissé emporter par les différents morceaux proposés.

Présentés par Isabelle Cazals -présidente de Pastres et Pastretos - les six tableaux d'un programme diversifié ont abordé la musique sacrée en passant par la musique des troubadours et les chants en langue d'Oc. Ce sont les enfants, en costumes traditionnels de fête, qui ont suivi, dès le premier tableau, le fil du discours entamé par la Cabrette, en chantant "Pastres et Pastretos", puis "C'est le jour de la Noël" rejoints par les célèbres chœurs de la "Bourrée de Paris" et "Viergo de los Mountonios".

La cabrette reprit ensuite l'un des hymnes chrétiens les plus célèbres dans le monde anglophone "Amazing Grace" suivi de "L'hymne de Vangelis" et d'un regret tout en grâce, de notre Auvergne, "Moun Anneto". Le second tableau est une mise en harmonie à quatre voix de chants de révolte, comme "Lou Bouyé", ou bien d'admiration de nos beaux paysages, comme "Sentiers d'Auvergne" et "Montagnes Cantaliennes".
La Bourrée de Paris et son président Thierry Borrel rendaient ainsi hommage à deux cantaliens compositeurs : Tonin Troupel et Jean Marie Gaston. Poursuivant ces harmonisations contemporaines, un quatuor composé de deux accordéons, d'une cabrette et d'une vielle ont interprété une alternance de danses vives et joyeuses. Beaucoup des chants présentés sont issus de collectages au fil des siècles, alors que d'autres sont des compositions plus récentes. Le troisième tableau fut sublimé par la mélancolie des chants à capella des solistes dont les interprétations envoûtantes semblent ouvrir une lucarne sur la profondeur de l'âme.
Le programme se poursuivait alors par deux valses, "Ma Belle Bruyère" et "Malbo Mon Village" composées par les talentueux musiciens de nos associations et interprétées avec enthousiasme par un grand ensemble instrumental constitué de quinze musiciens.
Le but des trois associations représentées étant de perpétuer les traditions et la langue qui les cimente, le quatrième tableau nous a, tout d'abord, offert trois chants en langue d'Oc, "Ten soubene", "Les esclops " et "Lo Barrabando".
Puis, ''Chifonie''… l'interprétation de cette balade mélancolique à la vielle et à la cabrette nous a rendu d'une humeur flâneuse et d'une imagination fertile, le bien-être s'emparant de nous…

Rejoints par un ensemble musical, emmené par notre gracieuse pastourelle Laurie Cazals, Cabrettaïre et chanteuse, et le chœur des enfants des Pastres, "L'inconnue de Limoise" et le pot-pourri de valses donnèrent lieu à un somptueux mélange acoustique qui souleva une grande émotion et le plus vif enthousiasme du public. Le cinquième tableau nous parle des troubadours, ces poètes, qui, de la fin du 11ème siècle jusqu'au début du 14ème siècle, dans le sud de la France, composaient en langue d'Oc. Ils se rendaient de château en château interprétant leurs poèmes et ballades avec un accompagnement musical au son de la musette et propageant les valeurs de la société courtoise. Les chœurs de la "Bourrée de Paris" interprétèrent deux classiques : "La Saint Jean" et "Le Château de Montviel". La musique baroque, quant à elle, couvre une grande période de l'histoire du 17ème et du 18ème siècle. Les "Noces Champêtres" qui ont suivi, ont été composées par Jacques Hotteterre, fabricant de Musette. Puis, entre musique médiévale et poésie contemporaine, la "Valse Parisienne" et "Pastel Accordéon" ont proposé leurs réflexions sur les troubadours et les poètes d'aujourd'hui.

Le sixième tableau est consacré à la diversité de notre musique traditionnelle. Au commencement, les bourrées étaient dansées uniquement par des hommes s'affrontant en défis. Lorsque les femmes sont entrées dans la danse, le jeu est devenu bien souvent celui de la séduction, modifiant la nature, à la fois, de la danse et de la musique. La "Bourrée de Mandailles" et La "Bourrée de St Chely" interprétées par un duo Cabrette-accordéon en est une parfaite illustration.
La cabrette a, au fil du temps, inspiré la créativité de ses interprètes, comme avec ce morceau de virtuosité, La "Polka à Jojo"…l'occasion de rendre hommage à George Soule, un Cantalien qui a consacré sa vie à la Cabrette. Quant à la vielle à roue, elle est apparue au Moyen-âge sous le nom d'organistrum et nécessitait alors deux personnes : une pour tourner la roue…et une autre pour jouer la mélodie. Depuis, cet instrument est en constante évolution et son apprentissage est devenu possible, depuis les années 1970 dans les conservatoires. Le morceau qui suivit était un espace au féminin avec "La Capricieuse Bourrée" pour un duo de vielle. Interprétée avec brio, les notes s'entrechoquent et sautillent avec grâce, les allers-retours effrénés surgissent pour mieux nous envoûter.
Puis une ronde de valses d'Aubrac jaillit, comme ces sentiments, si inexprimables que seule la musique parvient à les suggérer… pour se terminer par des souvenirs aujourd'hui disparus, comme le temps qu'on ne peut récupérer… jusqu'à l'amour infini pour son propre enfant… Pour terminer ce dernier tableau, un inédit, la Cabrette, accompagné par le piano , dans Mistral Gagnant de Renaud.
Le chant qui clôt le concert… scelle, dans une composition récente, une mémoire collective qu'a su mettre, en mots et en musique, un auteur cher à nos chœurs et à nos cœurs. Maurice Guyennot n'était pas auvergnat, mais pourtant tellement proche de chacun de nous et des valeurs qui nous réunissent… Il nous a légué un chant, "Le Pays Natal" prouvant que cette mémoire dépasse celle de notre communauté.
Les chœurs de la "Bourrée de Paris" et des enfants de "Pastres et Pastretos" formant une chorale multigénérationnelle toute en couleur de leurs beaux costumes traditionnels ont ainsi interprété ce chant nostalgique des exilés de nos campagnes clamant leur fidélité à leur Pays natal.
Enfin, les musiciens et les choristes des trois associations réunis ont remercié la paroisse St Roch, l'association "Les heures musicales de St Roch" sous la direction de Loïc Métrope, Bernard Lhéritier Président de la fédération des Amicales du Cantal, ainsi que l'ensemble des partenaires de ce projet. Puis, petits et grands, chanteurs et musiciens ont achevé ce voyage par une joyeuse farandole nommée Zelda, reprise par l'assemblée en tapant des mains et terminée par une standing ovation.
De nombreuses personnalités étaient présentes lors de cet évènement : Jean Mathieu, Président de la Ligue Auvergnate et du Massif Central; Laurie Cazals, Pastourelle de l'Aveyron et de la Ligue Auvergnate et du Massif Central ; Monseigneur Georges Soubrier, évêque de Nantes, Raymond Trébuchon Président d'Honneur de la Ligue; Jean-François Legaret Maire du 1er arrondissement; le Professeur Lasfargues; Michel Burton, propriétaire de l'Auvergnat de Paris; Roger Vidal Président de la Veillée d'Auvergne et Bernard Lhéritier Président de la Fédération des Amicales du Cantal. Les pierres de l'église St Roch resteront sans doute longtemps imprégnées de l'atmosphère forte et sensible qui a résonné lors de ce concert.
La maîtrise et la "spontanéité" d'un programme aussi radieux, comme exempt de toute contrainte sensible, ne sauraient faire oublier les exigences infinies que requiert un tel exercice de bonheur partagé, telle une communion entre la scène et la salle, le sentiment d'être partie prenante à ce concert, ou tout du moins de s'y associer par le cœur et les sens. Cabrettes et Cabrettaïres, la Bourrée de Paris et Pastres et Pastretos ont, par leur talent, séduit les spectateurs qui leur ont réservé une belle ovation. Un concert qui laissera des souvenirs inoubliables dans l'esprit des spectateurs et des artistes !